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Walter Gropius: le designer total
agosto 3, 2008, 5:29 pm
Filed under: Gropius

Le mercredi 23 juillet 2008

Laurie Richard
Le Soleil

Le carré, les structures asymétriques, les armatures métalliques et les surfaces nues percées de fenêtres en bandes. La renommée école d’architecture Bauhaus est devenue un symbole de la modernisation des formes. Son créateur, l’Allemand Walter Gropius, avait entrepris de fusionner tous les arts à l’architecture afin d’enseigner la construction dans une formule inédite. Quelques-uns des projets auxquels a participé l’architecte ont joint les rangs du Patrimoine mondial de l’UNESCO la semaine dernière à Québec.

Walter Gropius fait partie des ténors du courant moderniste avec Le Corbusier, en France, ainsi que Ludwig Mies van der Rohe. Né en 1883, Gropius étudie l’architecture à Munich et à Berlin, en Allemagne. Son premier projet de bâtiment, en 1906, est un ensemble de logements bon marché pour ouvriers agricoles. Au cours des prochaines années, il travaille pour l’agence berlinoise de Peter Behrens, pionnier du design industriel, où il fera son apprentissage.

Après avoir fondé sa propre entreprise, en 1910, Gropius innove par la construction de la manufacture de chaussures Fagus. Bâti avec des panneaux-écrans suspendus, l’édifice se veut tout en transparence. «On préconisait un modèle socialiste, en lien avec le travail et l’industrie», remarque Jean-François Marquis, étudiant à la maîtrise en histoire de l’architecture à l’Université Laval.

Les grands murs vitrés permettaient de voir à l’intérieur pour surveiller les ouvriers, et l’horloge, sur la façade, servait à les garder au pied.

Entre le début de la Première Guerre mondiale et l’arrivée des nazis au pouvoir, Gropius a également participé à la construction de logements sociaux avant-gardistes qui viennent tout juste de rejoindre les rangs du Patrimoine mondial. Les six lotissements ont eu une influence majeure sur le développement de l’architecture et de l’urbanisme, a plaidé l’organisme.

L’enseignement du maître

Devant la dévastation de la Première Guerre mondiale, Gropius accepte la nécessité de la standardisation à laquelle il s’était longuement opposé et devient directeur de l’École des arts appliqués de Weimar. Il fusionne ensuite l’institution avec l’Académie des beaux-arts pour créer le Bauhaus, à Dassau, dont il sera directeur, de 1919 à 1928.

Pour le Bauhaus, mot allemand qui signifie «maison de la construction», Gropius propose un programme qui met l’accent sur l’unité des arts et la technique et opte pour un système d’ateliers dirigés par des maîtres.

Les étudiants voguent donc aisément de la métallurgie au textile, en passant par le graphisme. «C’est l’abandon de l’ornement pour passer à une architecture et un mobilier plus près du travail sur les matériaux. C’est comme de passer de Tiffany’s à Ikea», explique M. Marquis. Les contraintes structurales et d’assemblage sont maintenant considérées dans une optique de production en série.

Gropius voulait ainsi créer des de signers industriels capables de produire un «design total», soit autant un objet qu’un immeuble. «Le designer industriel doit se sentir à l’aise aussi bien dans un bureau que sur le plancher d’une usine», raconte M. Marquis.

Héritage

Les bâtiments de style Bauhaus, comme les maisons des maîtres, formées de «boîtes» juxtaposées, se libèrent des idées classiques en architecture et s’éloignent de la symétrie. Les détracteurs du style critiquent d’ailleurs le manque d’humanité et de chaleur de cette géométrie cubique.

Sont également conçus dans cette école des objets symboliques, représentatifs des années 1920, comme la chaise cannée de Marcel Breuer et la théière de Marianne Brandt, rééditée par la firme italienne Alessi. L’héritage du Bauhaus se fait d’ailleurs toujours sentir dans le mobilier, de la lampe jusqu’aux objets usuels. Les cafetières italiennes, encore produites par Alessi, les rasoirs électriques Braun, les chaînes stéréo noires ou grises en sont tous des exemples, selon Jean-François Marquis.

Les idéaux socialistes du mouvement en lien avec le travail et l’industrie étant très mal vus par les nazis, le Bauhaus a été liquidé en 1934. Après s’être exilé en Angleterre, Walter Gropius émigre aux États-Unis en 1937 où il devient professeur d’architecture à Harvard. La diaspora architecturale ainsi causée a engendré plusieurs bâtiments d’inspiration Bauhaus, partout dans le monde.

Mais c’est avant tout par sa méthode d’enseignement que Gropius a marqué l’architecture. Jean-François Marquis, qui a étudié au Danemark, où l’on passe facilement de l’objet à l’aménagement du territoire, a bien apprécié son expérience et regrette que la méthode ne soit pas appliquée ici : «Au Québec, ça donne des gens spécialisés dans un domaine, c’est parfois dommage, parce qu’un édifice, c’est un meuble à l’échelle de la ville!»

Sources : Design et designers, une histoire du beau et de l’utile, par Agnès Zamboni, Aubanel

Design du XXe siècle, par Charlotte et Peter Fiell, Taschen

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