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“Le territoire est un bien précieux”
agosto 5, 2009, 8:18 pm
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Qu’est ce que l’architecture pour un ingénieur ?

L’architecture est un art de la transformation. Elle n’existe pas comme pensée autonome. L’acier ne pousse pas sur les arbres, et l’aluminium, c’est l’addition d’énergie et de bauxite, importée à 95 % de Nouvelle-Zélande. Faire un projet, c’est d’abord être capable de lire de la géographie, de regarder ce qui existe là où l’on va intervenir. Ça ne peut donc jamais être une solution générique, passe-partout.

L’architecture, c’est le travail des hommes, avant les architectes qui pensent. De cela on ne parle pas, comme si c’était simple de se réveiller le matin pour aller sur un chantier, de placer du ferraillage, de faire un coffrage.

Les Chinois en train de couler du béton et qui sont payés une misère, les Pakistanais qui construisent dans les mêmes conditions à Abou Dhabi, c’est ça l’évolution actuelle du monde : le développement d’un nouvel esclavage imposé à des personnes sans carte de séjour, quand on ne la leur confisque pas.

L’architecture produit une forme de pensée éthérée, coupée de ces réalités. Reconnaissons-le et nous aurons une chance de revenir à une vision plus simple de la ville.

Quelle est la part du territoire ?

Dans la dimension territoriale, il y a la part de l’infrastructure, tout ce qui est routes, ponts, canaux, égouts, câblage… et celle des territoires. L’infrastructure n’est pas un mal en soi, on l’utilise tous, mais il faut considérer le territoire sur lequel elle s’inscrit comme un bien aussi précieux, et reconquérir les territoires qui ont été saccagés par ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, normalisent la verdure.

Le plus grand mal dans le développement urbain, en dehors des villes, c’est vraisemblablement les “gated cities” (regroupements de résidences protégés par des barrières et soumis à des règles de gouvernance territoriale privée) et les lotissements. Penser l’architecture, c’est penser une forme d’appartenance au monde.

C’est une morale du métier ?

Oui, une morale qui s’appliquerait au territoire et impliquerait la manière de parler aux ouvriers sur un chantier. Mais il y a un autre aspect qui m’inquiète, c’est la façon dont on peut prendre le virtuel comme un moyen de sortir de la situation actuelle, de fuir le réel.

A priori, je pars pourtant de l’hypothèse optimiste que le virtuel peut nous rapprocher du réel. La grande révolution de l’architecture, ces vingt-cinq dernières années, c’est l’informatique. Au-delà de ses apports techniques, elle peut nous permettre de parler aux gens, de les accompagner, de revaloriser leur travail.

Mais si on considère l’informatique comme un moyen de s’éloigner de la réalité, de transmettre des stéréotypes, là, on est dans le pire de la mondialisation. Toutes les villes peuvent devenir les mêmes, Pékin, Abou Dhabi ou Val-d’Europe (ville nouvelle de Marne-la-Vallée, à proximité immédiate de Disneyland Paris). Cette mondialisation est en fait une “dysneylandisation”.

Nous sommes passés d’une architecture classique à l’architecture triomphante de la modernité, puis à ce qu’on a pu appeler la postmodernité ou ses divers avatars. Aujourd’hui, au terme de cette aventure, nous sommes arrivés au degré 0 de l’attention au monde.

Soyons précis. Qu’est-ce qui fait que les lotissements sont à vos yeux inacceptables ?

Tout. Le collage stylistique dans un abandon de la raison, de l’intelligence constructive, l’indifférence pour les ouvriers, l’oubli de la population déjà présente, du fleuve qui coule à côté, les ruptures d’échelle, les mégastructures qui s’appuient sur le quartier de la Défense, tout cela est terrifiant.

C’est un problème de société, et de reconnaissance sociale. Le capitalisme trimballe avec lui une sorte de vision idyllique de l’architecture et de la ville : la maison, le lopin de terre et la façon dont il faut les arranger… Tous les signes de reconnaissance d’un goût et d’un modèle social obligés. Lorsque nous y échappons, c’est que nous avons acquis ou hérité d’une forme de culture plus large. En début d’année, je dis à mes étudiants : “Vous allez apprendre ici à aimer ce que votre mère déteste.”

Posons la question du goût, qui semble relever du tabou. Elle renvoie à la question de la pensée un peu immanente de l’architecte. C’est vrai que l’art est aujourd’hui lié à une pensée conceptuelle, et que cette situation coupe de tout, y compris de la question du goût.

Prenons les choses dans l’autre sens. Pensons à des architectes contemporains pour lesquels nous avons la même admiration, par exemple l’Australien Glenn Murcutt. C’est quelqu’un qui assemble parfaitement des éléments simples. Il n’y a pas chez lui de questions stylistiques très élaborées, simplement une manière directe d’aborder la question du rapport au sol, à la nature, à la fabrication, avec le souci précurseur du développement durable.

Avec le développement durable, on frôle facilement le cynisme. Je ne connais pas un seul industriel aujourd’hui qui ne soit pas “vert”, cela veut dire que quelqu’un ment ou je n’ai rien compris. Comment peut-on prétendre que l’aluminium, qui n’est que de l’énergie, du transport et de la bauxite de Nouvelle-Zélande, est écolo ?

Autre exemple : le bois. Prenons une construction qui me touche de près. Quand j’ai construit la passerelle de Solférino, à Paris, j’ai dû mettre un plancher sur la passerelle. J’ai opté pour l’ipé, ce qui m’a valu les foudres de l’association écologiste Robin des bois.

Qui a raison, qui a tort ? On trouve ça sympathique quand c’est du pin, parce que le pin pousse en France, et que ça nous permet de valoriser la forêt landaise. Mais ce n’est pas très sympathique du point de vue du mec qui est dans le fin fond de l’Amazonie ou de l’Afrique, qui a un gros azobé dans sa cour et espère le vendre pour nourrir sa famille. Le vrai problème est celui du prix que nous sommes prêts à payer.

Pour changer la donne, il faudrait un regard plus attentif aux choses et aux gens, donc au moins des conditions économiques différentes. Or on va dans le sens opposé, et en particulier lorsqu’on passe à la très grande échelle : certains particuliers, et à travers eux des Etats, achètent des millions d’hectares de terre, notamment en Afrique, sans aucun souci des populations qui vivent sur place.

Avec le Grand Paris, ne va-t-on pas vers un autre modèle ?

Non, si c’est un projet qui n’a d’autres vertus que de dépenser 35 milliards d’euros pour un problème, par ailleurs très important, qui est la liaison entre la Défense et les communes de Roissy et d’Orly. Oui, si l’infrastructure est considérée comme un bien nécessaire, partagé, qui conditionne l’espace public…

D’ailleurs, le regard qui a été porté par les dix équipes était d’une tout autre nature. Elles regardaient les conditions réelles du territoire. Le concours a montré que les dix équipes, d’esprit totalement différent, n’avaient pas des vues si éloignées. En rester aux seules infrastructures, c’est raisonner en termes de distances entre telle gare et le centre, la première, la deuxième ou la troisième couronne.

Au moins, ce concours a montré à quel point les habitants sont sensibles à cette question. Mais la présentation des projets à la Cité de l’architecture reste obscure. Personne ne comprend ce qui est présenté là. En tout cas, moi-même, qui suis pourtant de la partie, je n’ai pas compris. Malgré tout, le public vient, il montre une véritable envie de savoir quelle est sa place dans ce dispositif.

Comment réagissez-vous par rapport au réchauffement climatique, à son impact sur le développement des villes ?

Il faut prendre les questions un peu plus en amont. Je suis un peu énervé par l’histoire du film Home(du photographe Yann Arthus-Bertrand). Regarder la Terre depuis le ciel en imaginant qu’on va régler des problèmes. Souvenons-nous là encore de Paul Delouvrier dans son avion, qui photographiait les sites des futures villes nouvelles. Maintenant, c’est Arthus-Bertrand qui fait le Delouvrier du développement durable.

Evoquer l’inévitable déplacement des Bengalis face à la montée des eaux, c’est aussi une injonction à repenser l’architecture et la ville. En incluant la question de la nourriture. Ne faut-il pas réfléchir à la place possible de l’agriculture en ville ? Que faut-il protéger des territoires, peut-on continuer à lotir, à faire des maisons Phénix ? La macro-vision et la micro-vision ne sont pas si détachées que ça.

Il y a quand même un certain nombre de gens dont la pensée évolue. Restons attentifs. On m’a appelé pour faire un pont dans une ville nouvelle sino-singapourienne. Bien sûr, cette ville est “écologique”. Qu’est-ce que c’est une ville écologique au-delà de l’effet d’annonce ? Il y avait là des rizières et des paysans dans leurs petites maisons en terre tellement belles. Ne pas voir cela, c’est déjà avoir raté les premières marches.

C’est un peu comme la “haute qualité environnementale”, la norme HQE. Etre attentif à l’économie de matière, être frugal, c’est une forme d’attention au monde, ce n’est pas produire des normes Mais la machine est en place. On fabrique des normes à une vitesse phénoménale, des normes qu’on retrouve dans l’esprit des gens. Ne croyez pas que je suis hostile à l’écologie. Mais ce consensus généralisé m’inquiète. Si ça a pour seule vertu de réduire les fenêtres, d’ajouter des isolants, on s’éloigne des vraies questions.

Propos recueillis par Frédéric Edelmann


A Oslo, l’opéra-iceberg des architectes de Snøhetta
mayo 14, 2009, 3:13 am
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LE MONDE | 11.05.09 | 18h44  •  Mis à jour le 11.05.09 | 19h07

Oslo (Norvège), envoyé spécial

En norvégien Snøhetta, signifie à peu près la calotte de neige, celle qui coiffe la montagne de Peer Gynt, du dramaturge Enrik Ibsen. Snøhetta c’est aussi une agence d’architecture norvégienne tout droit sortie des glaces, inclassable, sorte d’espion qui viendrait du froid dans l’intention de bousculer l’ordre établi des réputations internationales. Snøhetta a reçu, le 29 avril, le prix européen d’architecture contemporaine 2009 pour l’Opéra national de Norvège, construit dans le port d’Oslo, décerné par la Commission européenne et la Fondation Mies-Van-der-Rohe, située à Barcelone. Le prix est accompagné d’un chèque de 60 000 euros.

Snøhetta est dirigée par trois associés, les architectes Kjetil Trædal Thorsen, Tarald Lundevall et Craig Dykers, mais l’agence, installée elle aussi au bord du port, compte plusieurs dizaines de collaborateurs, architectes et paysagistes surtout. Alors qu’elle était passablement inconnue, l’agence Snøhetta a remporté en 1989, année de sa création, le concours international pour la Bibliotheca Alexandrina lancé par l’Etat égyptien et l’Unesco auquel 650 architectes avaient répondu. Un édifice situé dans une région désertique dont le formalisme débridé, explosif, pouvait avoir une sorte de parenté avec les travaux de cette autre équipe d’extraterrestres qu’est, en France, Architecture Studio, auteur du Parlement européen à Strasbourg.

Le vocabulaire de l’Opéra d’Oslo, au fond du fjord du même nom, est un iceberg arraché aux glaces qui viennent parfois bloquer les navires. Des pans de marbre blancs obliques laissent imaginer des courses de pingouins, quand les Osloïtes n’y font que de calmes promenades, dominant alors, à 32 mètres de haut, les entrailles du théâtre et la beauté des rives du fjord. Y alternent les paysages de port, la renaissance d’une capitale en plein essor – la Norvège est riche en pétrole – et ces énormes paquebots de plaisance qui, à Oslo comme à Venise, tuent l’échelle de la ville. De grandes baies vitrées laissent un peu passer des mystères de l’intérieur, surtout, elle renforce par leurs reflets l’aspect glacé de l’édifice.

Trois salles de 1 350, 400 et 200 places attendent le public, dans une déclinaison de bois tout simplement nordique, chaleureuse. L’édifice inclut tout ce qu’un opéra, dans une ville de 575 000 habitants, nécessite. Magasins d’accessoires et de fabrication des costumes, salles de danse et de répétition, vastes hangars pour peindre les décors. Les maquettes un peu désuètes côtoient les décors peints à grands coups de balais, explosion colorée qui contraste avec le style épuré du nouvel opéra. Et sa pure réalité technique : Une grande partie des 38 500 m2 du bâtiment étant située sous le niveau de la mer, sa construction a nécessité la pose de 12 000 m2 de palplanches (un système classique de planches métalliques destiné à assurer l’étanchéité). Il repose sur 28 kilomètres de piliers dont certains s’enfoncent à moins 60 mètres. Les travaux ont duré cinq ans et coûté 525 millions d’euros.

A 10 minutes à pied de l’opéra, au nouveau Musée national d’architecture d’Oslo, construit par Svere Fehn, immense architecte norvégien mort le 23 février, une exposition est consacrée au travail passé, actuel et futur de Snøhetta. Les trois associés continuent leur chemin dans les terres brûlantes d’Arabie, où ils projettent d’immenses objets non identifiés, comme le Centre King Abdulaziz pour la connaissance et la culture, à Dhahran (Arabie saoudite). Une architecture tellurique, riche de métaphores. Et ce n’est pas sans logique que Snøhetta a réussi à s’infiltrer sur le territoire de Ground Zero à New York, zone sinistrée à l’avenir triste, où ils doivent construire le mémorial du 11-Septembre.

L’Opéra national de Norvège d’Oslo a été primé au terme d’une longue sélection. Cinquante projets ont été choisis en Europe (la condition est qu’ils aient été achevés dans les deux années qui précèdent le prix), et cinq ont fait l’objet d’une étude plus poussée : outre Oslo, le Zénith de Strasbourg de Massimiliano Fuksas, la gare de tramway de Nice de Marc Barani, l’université Luigi-Bocconi à Milan (Italie), de l’agence anglaise Grafton Architects et la bibliothèque du district de Sant Antoni, à Barcelone (Espagne), de l’agence Aranda Pigem Vilalta

Une mention spéciale du prix Mies-Van-der-Rohe, dotée de 20 000 euros, a été attribuée à un gymnase situé à Koprivnica, en Croatie, conçu par les jeunes architectes Lea Pelivan et Toma Plejic du Studio Up.



Une “boîte à idées” : dix projets à voir à la Cité de l’architecture et du patrimoine
abril 30, 2009, 4:17 pm
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LE MONDE | 29.04.09 | 14h52

En mars, devant le Conseil économique et social, les dix architectes invités à plancher sur l’avenir de Paris avaient exprimé, par la parole, leur vision de la future agglomération. Avec un objectif : faire oublier le costume trop étroit de la ville Lumière, ceintré dans le boulevard périphérique. L’exposition gratuite, présentée à partir du 30 avril à la Cité de l’architecture et du patrimoine, permet de faire émerger une synthèse lisible de la diversité des projets.

Dix équipes aux noms connus ou moins connus sont réunies : Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Yves Lion, Antoine Grumbach, Roland Castro, Djamel Klouche, l’équipe britannique Richard Rogers et Stirk Harbour, les Italiens Bernardo Secchi et et Paola Vigano, l’agence néerlandaise MVRDV de Winy Maas, l’Allemand Finn Geipel.

Pas si simple, comme travail : lorsqu’on sollicite un ténor, il y a peu de chances pour qu’il renonce à chanter. La Cité est cependant parvenue à partager avec le public l’essentiel de cette impressionnante somme de travail.

Quelles idées mirobolantes sur la métropole de demain nous sont servies ? Comment montrer avec pédagogie ce monde de l’urbanisme, où fourmillent équations, axiomes, et paramètres (transports, voiries, égouts, impératifs géographiques, poids des structures et des bâtiments existants, etc.), rendant si difficile la réduction des problématiques de la ville à leur dimension culturelle et sociale ?

Une belle idée permet de rendre en partie possible ce pari. L’exposition des projets est présentée, non en sous-sol mais dans les grands espaces lumineux du Musée des monuments français, où se trouvent en permanence les pesants moulages de joyaux de l’architecture religieuse et civile française.

Entre ces moulages, l’architecte Jean-Christophe Quinton a imaginé dix espaces fermés, proportionnels à la volumétrie des décors historiques, des losanges blancs assez forts pour tenir face à la magie spectaculaire du vieux musée.

Dans ces dix tipis contemporains (16m2 au sol, 7 m de haut), chaque équipe a pu transcrire librement, en images parlantes, le plus souvent sur écran, les centaines de pages réunies pour la consultation.

Après les discours du mois de mars, l’art et le sentiment ont repris leur place. C’est dans la nature de l’architecte (des bons, des vrais) de ne pouvoir scinder les dimensions esthétiques et sociales du métier de ses obligations fonctionnelles et techniques.

Pour rendre accessible la quintessence du travail de chaque groupe, Francis Rambert, directeur de l’Institut français d’architecture, ancien journaliste, a poussé chacune des têtes d’affiche dans ses retranchements. Il leur fait dire devant une caméra, en quelques minutes, ce qu’elles n’étaient pas parvenues à formuler au cours de dizaines d’heures de débats.

L’exercice, accepté par les victimes, fausse un peu l’enjeu à force de simplification, mais il permet de faire émerger l’essentiel, voire la dimension cachée des desseins exprimés. Plusieurs ont dit que la question de la “gouvernance” – quelle sera la future administration de la métropole, entre le Paris actuel et villes autour – est un préalable si important qu’on peut la laisser en filigrane, derrière les autres enjeux.

Le Britannique Richard Rogers et son acolyte Stirk Harbour, anciens conseillers du maire de Londres, incarnent cette nécessité sans laquelle la ville se perd dans une vision filandreuse. Ils en rajoutent une couche à travers des propositions qui se résument en trois mots : compacité, densité, mixité. Trois termes qui traduisent la dimension écologique de leur projet – les exigences environnementales de “l’après-Kyoto” sont au coeur de la consultation.

Dans le même climat, Jean Nouvel préconise, à travers 14 écrans, “neuf mesures” avec des solutions simples mais urgentes : jardins sur voies rapides ou “écovilles”. Qu’il s’agisse d’architecture ou de systèmes urbains, dit Nouvel, rien ne saurait se faire sans le savoir-faire des artistes, parmi lesquels se rangent les architectes. Sauf à faire du futur Paris un ratage, ce dont on n’est pas loin.

Autres idées, souvent partagées : penser la ville à partir de ce qui est, et non de modèles fondés sur la table rase ou sur la science-fiction ; renforcer les liens entre les périphéries. Yves Lion approfondit cette étude de l’existant, travail extrêmement fin qui introduit la question de la méthode, avant de penser aux connexions et aux transports. Lion livre ainsi 90 mesures, proposant par exemple que la nationale 7 devienne un lieu de promenade.

Portzamparc part, presque à l’inverse, d’une analyse des grands axes de transport (un train au dessus du périphérique, une nouvelle gare à Aubervilliers), ce qui lui permet de voir la ville comme un ensemble de pôles reliés. Chez Nouvel, Lion ou Portzamparc, l’architecture “montrée”, ou plutôt rêvée, ne vient que comme le support d’une pensée assez élaborée et ouverte pour permettre de multiples scénarios.

Djamel Klouche se concentre sur l’étude des multiples échelles rencontrées, mais aussi sur les natures immensément contrastées. C’est un discours nouveau qui peut sembler abstrait mais qui montre, dans l’exposition, toute sa pertinence.

Le pari de Klouche est plus facile à suivre que celui, subtil et méthodique jusqu’à l’inapplicable, de l’équipe Secchi-Vigano, qui semblent importer des solutions aqueuses (une ville reliée à l’eau) peu en accord avec une hypothèse pessimiste de l’après-Kyoto.

Il serait exagéré de dire que l’équipe de MVRDV (une ville plus compacte, aux immeubles surélevés) et celle de Finn Geipel (alternance de ville dense et ville légère) apportent des solutions préalables à la méthode. C’est cependant ce qui peut ressortir de leurs expressions visuelles.

Les deux dernières équipes, Grumbach et Castro, pourront séduire, notamment le premier qui étend Paris jusqu’au Havre, et qui agrémente la visite de cris de mouettes. Compte tenu des infrastructures et investissements que ces projets impliquent, on est loin, ici de l’après-Kyoto.



Peter Zumthor, architecte de la sincérité
abril 19, 2009, 5:31 am
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LE MONDE | 16.04.09 | 15h50  •  Mis à jour le 16.04.09 | 15h50

En choisissant, dimanche 12 avril, de remettre au Suisse Peter Zumthor, 65 ans, le Pritzker Architecture Prize – la plus haute récompense mondiale décernée à l’oeuvre d’un architecte -, le jury a créé une heureuse surprise (Le Monde du 14 avril).

Amplement reconnu par la profession (il a reçu en 1998 le prix Carlsberg), Zumthor reste une personnalité marginale, non seulement exceptionnelle par son talent, mais riche d’espoirs pour sa défense de vertus, parfois oubliées, de l’architecture : la sincérité, la simplicité, la proximité avec la nature. Même si son absence de concessions ne fait pas toujours de Zumthor un modèle d’économie, c’est un prix d’année de crise environnementale.

Peter Zumthor est né en 1943 à Bâle (la ville de la célèbre agence Herzog et de Meuron, lauréate du Pritzker en 2001). Son père est ébéniste. Il fera lui même l’apprentissage de ce métier, avant de se tourner vers l’architecture d’intérieur. Il étudie l’architecture à New York et revient en Suisse où il travaille auprès des Monuments historiques du canton des Grisons qui deviendra son fief. C’est dans cette région, à Haldenstein, qu’il ouvre son agence en 1979.

En 1988, Peter Zumthor termine la chapelle Sankt-Benedikt, un édifice modeste, entièrement en bois, situé à Sumvitg, une petite commune des Grisons. En 1996 il achève la réalisation d’un agrandissement pour les thermes de Vals dans le même canton suisse, qui lui vaut une célébrité fulgurante. Le travail de Zumthor témoigne d’une maîtrise parfaite des formes, de l’espace, des qualités intrinsèques au matériau, ici, à Vals, une pierre sauvage mais si bien dressée qu’il en émane une réelle sensualité. Une des premières publications de Vals sera due au magazine Vogue, qui se sert de ce cadre idéal pour présenter une collection de maillots de bain.

VERRE, BÉTON, MÉTAL

1997, année d’une autre révélation : le Musée des beaux-arts de Bregenz, en Autriche, montre un Zumthor aussi à l’aise avec les matériaux contemporains (verre, béton, métal, lumière) qu’avec ceux empruntés à la terre. Sans rien perdre de son exigence, sans céder aux modes ni au formalisme fréquent des stars du monde architectural.

Cette exigence est ce qui lui vaudra d’être choisi pour le pavillon suisse de l’exposition universelle de Hanovre, en 2000. A la même époque, la ville de Berlin lui confie le mémorial qui doit s’ériger sur l’ancien centre du pouvoir nazi (Prinz- Albert Strasse), lieu de commémoration et centre de documentation appelé “Topographie de la terreur”. Le projet est spectaculaire, la réalisation tout aussi prometteuse, par la force des structures qu’on voit monter au début des années 2000. Mais le coût est jugé exorbitant par une partie des Allemands. Le budget qu’avait accepté la ville est annulé, lorsque l’Etat allemand doit le reprendre à son compte. En 2004, le projet est arrêté et ses infrastructures effacées de ce lieu de mémoire…

Le musée d’art Kolumba, construit, en 2007, à la demande de l’archevêché de Cologne sur les ruines d’une église gothique détruite pendant la seconde guerre mondiale, aura eu plus de chance, même si son allure est au premier abord plus classique. La même année, un autre édifice religieux, à Wachendorf (Eifel) en Allemagne, rappelle sa fidélité à la dimension artisanale du métier : une chapelle de béton coulé sur un coffrage de troncs d’arbre bruts.

Peter Zumthor recevra son prix (100 000 dollars) lors d’une cérémonie, le 29 mai, à Buenos Aires.

Frédéric Edelmann


Architecture icône cherche acheteur fiable
septiembre 21, 2008, 4:11 am
Filed under: Ensayo, Le Monde

LE MONDE | 17.09.08 | 16h55 • Mis à jour le 17.09.08 | 16h55

Si vous regrettez de ne pas avoir pu acheter la paradisiaque maison Kaufmann, en Californie, lors de sa vente événement par la maison Christie’s à New York le 13 mai, consolez-vous : contre toute attente, elle est toujours sur le marché. Fait rarissime, l’acheteur de la villa s’est en effet désisté.
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Icône de l’architecture mondiale, la Kaufmann House a été bâtie en 1947 dans le désert de Palm Springs par un des maîtres du modernisme américain, Richard Neutra. Le 13 mai, elle a une nouvelle fois marqué l’histoire en devenant le premier bâtiment vendu dans des enchères d’art, au milieu de toiles de Mark Rothko, Francis Bacon ou Andy Warhol (Le Monde du 2 mai).

Les vendeurs, Brent et Beth Harris, ont restauré la maison avec soin, au prix de 5 millions de dollars, après l’avoir achetée 1,5 million de dollars en 1993. Ils souhaitaient par cette vente “que les gens voient les maisons modernistes comme davantage que de l’immobilier” : des oeuvres d’art. Le 13 mai, un acheteur anonyme emportait le marché par téléphone, pour 15 millions de dollars, plus 1,8 million de frais. Soit l’estimation la plus basse de la maison, que Christie’s avait évaluée entre 15 et 25 millions de dollars.

Quelques mois plus tard, patatras, Christie’s annonce que “la transaction a été annulée par le vendeur en raison du non-respect du contrat par l’acheteur”. Difficulté à réunir les fonds sur un marché bancaire sinistré par la crise des subprimes ou désamour soudain pour le décor rocailleux de Palm Springs ou les lignes géométriques dessinées par Neutra, le mystérieux acquéreur a en tout cas changé d’avis.

Christie’s refuse de donner la moindre indication sur la suite des événements et un éventuel procès, renvoyant vers l’avocat californien des Harris, Mark A. Nitikman. Lequel observe un rigoureux silence radio. La Kaufmann House pourrait être proposée dans une nouvelle vente d’art. Beth et Brent Harris pourraient aussi décider d’afficher simplement leur maison chez un agent immobilier. Au risque de voir s’évanouir les prix mirobolants du marché de l’art : selon le couple, l’estimation de leur bien sur le marché immobilier était inférieure à 6 millions de dollars.
Grégoire Allix



Avec le chantier du Grand Paris, le chef de l’Etat prétend rivaliser avec le baron Haussmann
junio 7, 2008, 3:25 pm
Filed under: Le Monde, Paris

LE MONDE | 03.06.08 | 14h48 • Mis à jour le 04.06.08 | 10h17

François Mitterrand a laissé aux Parisiens la grande bibliothèque et la pyramide du Louvre, Jacques Chirac le musée des Arts premiers. Nicolas Sarkozy, lui, voit plus grand. Mercredi 4 juin, le président de la République reçoit à l’Elysée dix grands noms de l’architecture mondiale – parmi lesquels Roland Castro, Jean Nouvel ou le Britannique Richard Rogers – pour leur confier une mission : faire rêver les Français sur le Grand Paris. “Le propos n’est pas de construire des monuments à la gloire du régime”, précise Henri Guaino, conseiller spécial à l’Elysée. “Il s’agit d’enfanter une nouvelle ville comme en son temps le baron Haussmann”, assure ce défenseur de longue date du Grand Paris.

Alors que Bertrand Delanoë s’apprête à lancer de nouveaux projets de tours dans la capitale – notamment dans le 17e arrondissement aux Batignolles et le 13e dans le quartier de l’avenue Masséna -, le président de la République veut, lui, redessiner les contours de la métropole parisienne du XXIe siècle.

Les architectes lauréats se sont engagés à travailler chacun avec une équipe d’une vingtaine d’urbanistes, de sociologues, de philosophes, de géographes, d’ingénieurs, des bureaux d’études spécialistes du climat et des transports. Ils doivent rendre un “diagnostic prospectif” au début de l’année 2009 assorti de propositions “concrètes” pour inventer la métropole de “l’après-Kyoto”.

Au total, c’est une armada de près de 250 personnes qui va fournir cartes, schémas, tracés de nouvelles lignes de métro ou de tramway, emplacement de pôles économiques ou de “nouvelles villes”, selon le voeu du président de la République. “C’est une consultation fondatrice”, s’enthousiasme Antoine Grumbach, l’un des architectes retenus.

Alors que depuis 1966, les grands schémas d’aménagement du territoire sont du ressort principalement des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées sous la tutelle du ministère de l’équipement, “pour la première fois l’Etat demande à des architectes urbanistes d’imaginer l’espace urbain”, se félicite un conseiller de la ministre de la culture, Christine Albanel.

Si le projet est ambitieux, son cheminement a été chaotique… Lorsqu’il lance l’idée d’un “nouveau projet d’aménagement global du Grand Paris” le 17 septembre 2007, à l’occasion de l’inauguration de la Cité du Patrimoine et de l’architecture, le président de la République ne cache pas son ambition de renouer avec la tradition de l’Etat bâtisseur. “Je veux remettre l’architecture au coeur de nos choix politiques” lance-t-il en présence de gloires de l’architecture, telles que Rem Koolhass, Zaha Hadid ou Tom Mayne, auteur de la Tour Phare à la Défense. A l’époque, l’Elysée envisage plutôt de lancer un “concours d’idées” auquel participeraient exclusivement des agences d’architectes.

L’idée d’une consultation théorique qui fasse appel à d’autres experts que les urbanistes ne viendra qu’ensuite et à l’instigation du ministère de la culture. “On a dû se battre pour ne pas se laisser imposer par l’Elysée un ou deux “architectes paillettes”, confie un conseiller au ministère de la culture, qui se seraient d’abord préoccupés de proposer des icônes architecturales.”

L’incursion des chercheurs en sciences de l’homme et de la société dans ce que les ingénieurs considèrent comme leur chasse gardée a suscité aussi agacement et résistances. Au point qu’avec un certain zèle, les services du ministère de l’équipement ont découvert un vice juridique dans le premier appel d’offres de la consultation lancée début 2008. Le ministère de la culture a dû annuler la procédure pour la relancer le 5 mars. La consultation aura pris entre temps six mois de retard.

D’autres critiques sont venues des économistes. Professeur à Paris-XII et expert du développement de l’Ile-de-France, Laurent Davezies, bien que sollicité, a refusé de participer à la consultation. L’urgence, ce n’est pas de “sortir les crayons de couleurs”, estimait-il dans une interview au Nouvel Observateur en janvier 2008. Les “grands gestes poétiques” ne remplaceront pas les grands projets.

Nommé après le lancement de la consultation secrétaire d’Etat au développement de la région capitale, Christian Blanc s’est en revanche bien gardé de toute critique. Le 13 mai, en présentant sa lettre de mission, l’ancien patron de la RATP a souligné que les travaux des équipes pilotées par les architectes nourriraient sa réflexion. M. Sarkozy a de son côté veillé à l’associer au jury de la consultation et l’a convié mercredi à l’Elysée avec Mme Albanel.
Béatrice Jérôme



Francis Rambert à Venise
marzo 26, 2008, 4:38 pm
Filed under: Arquitectura Francesa, Le Monde

LE MONDE | 24.03.08 | 16h38 • Mis à jour le 24.03.08 | 16h38

Le pavillon français de la 11e Biennale internationale d’architecture de Venise (14 septembre-23 novembre), le plus prestigieux rendez-vous mondial du genre, est confié à Francis Rambert, directeur de l’Institut français d’architecture. L’Etat a préféré un théoricien et représentant de l’institution à un architecte.

Le projet de M. Rambert, intitulé “GénéroCité, généreux versus générique”, présentera une cinquantaine d’agences d’une “nouvelle génération d’architectes”, réunis dans l’association French Touch. Parmi eux, des débutants remarqués (Plan 01, Beckman et N’Thépé, Hamonic et Masson), et des architectes reconnus comme Périphériques ou Philippe Gazeau. Leur point commun ? “Ils construisent le territoire optimiste de la ville de demain.” Ils s’insurgent contre la supposée timidité de l’architecture en France et ont mené la fronde contre le prix de l’Equerre d’argent du Moniteur, en novembre 2007.

Le pavillon français aura pour ambition de démontrer “comment l’architecture s’évertue à donner plus de sens comme plus de sensations, plus d’espace intérieur comme plus d’espace public ; en allant bien au-delà de la seule qualité architecturale, service minimum obligatoire”.

Ce projet s’inscrit dans le thème de la Biennale, “Là-bas. L’architecture au-delà de la construction”, défini par l’Américain Aaron Betsky, qui présidera la manifestation. Pour ce dernier, “l’architecture, ce n’est pas la construction. C’est une manière d’offrir des alternatives critiques à l’environnement créé par l’homme”.