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Jean Nouvel : le « starchitecte » et les musées
marzo 18, 2009, 4:06 am
Filed under: Nouvel

Le Quai-Branly, la Fondation Cartier, le futur Louvre d’Abou Dhabi, c’est lui. Rencontre.

Propos recueillis par Bruno Monier-Vinard

Jean Nouvel décrochait l’an dernier le prix Pritzker, la plus haute récompense dans le domaine de l’architecture. Mais, à 63 ans, il n’entend pas se reposer sur ses lauriers. Il présente cette semaine, parmi neuf autres cabinets d’architecture, sa vision du futur Grand Paris, capitale qu’il a déjà réinventée à travers de grands musées aussi emblématiques que l’Institut du monde arabe, la Fondation Cartier et le musée du Quai-Branly. En 2013, ce partisan d’une muséographie plus ouverte signera le futur Louvre d’Abou Dhabi, sur l’île aux musées de Saadiyat.

Le Point : Comment expliquez-vous cette prolifération de musées à travers le monde ?

Jean Nouvel : Elle a éclos au XXe siècle, à partir du développement du tourisme. Avec ce phénomène abondamment décrit d’une sorte de glissement du cultuel au culturel : on vient au musée « vénérer » les traces de notre histoire, l’art comme valeur spirituelle et énigmatique. Avec cette tendance forte que notre époque estime légitime de protéger l’histoire de nos idées dans ces lieux, à travers des oeuvres d’art ou des témoignages physiques, au même titre que les bibliothèques avec l’écriture. Autre glissement : les arts plastiques sont de plus en plus orientés vers le musée ou les collections. Les artistes ne travaillent pratiquement plus en oeuvres de commande mais dans l’expression de leurs propres ego, sensations, obsessions… pour des espaces abstraits qui sont non situés. Hormis quelques artistes, tel Daniel Buren en France, par exemple, la plupart ne veulent que des murs blancs, être nulle part, en sustentation, sans aucune interférence avec l’architecture du lieu d’exposition.

L’extraordinaire audace architecturale des nouveaux musées ne risque-t-elle pas d’éclipser les oeuvres exposées ?

L’idée du bâtiment hermétique, exclusivement dédié à la conservation des oeuvres d’art, est de plus en plus obsolète. Le musée devient un quartier ouvert sur la ville, avec des parvis et des espaces extérieurs. Ses expositions temporaires attirent des flux de publics différents au rythme des pulsations de la ville. De nombreux « spécialistes de l’art » et conservateurs-au double sens du terme-pensent que les objets doivent être présentés seuls, sous d’intenses projecteurs, dans des ambiances blanches, neutres, aseptisées. Ce qui revient toujours à la notion de délocalisation de l’objet. L’architecte et muséographe italien Carlo Scarpa (1906-1978) a été le premier à essayer de retrouver des angles de vue ou de découverte, des échelles et des lumières qui correspondaient au contexte originel de l’oeuvre, sans pastiche, mais de façon contemporaine, avec une présentation sophistiquée.

C’est-à-dire ?

Quand j’ai conçu le musée des arts premiers du Quai-Branly, j’ai voulu créer un territoire d’accueil d’objets ethniques et artistiques issus d’autres civilisations que la nôtre, en général des mondes ruraux liés à la forêt, dont le sens et les croyances inconnues peuvent ainsi exister dans une certaine lumière et ambiguïté, sans contradiction avec leurs origines. Mais la plupart des conservateurs préfèrent souvent une muséographie traditionnelle qui isole l’objet en tant que tel. J’espère qu’on ira vers une muséographie plus contextuelle qui permette de retrouver des sensations qui ne sont jamais que les hommages rendus aux origines de l’oeuvre.

Quel est votre degré de liberté lorsque vous concevez un musée ?

Il y a deux cas de figure : le concours, en général international, comme ceux que j’ai remportés pour le musée gallo-romain de Vesunna, à Périgueux, le Quai-Branly ou l’Institut du monde arabe, à Paris. Là, on annonce alors la couleur, on fait des propositions en prenant des risques. L’autre hypothèse est celle de la commande. C’est un dialogue avec les personnes pour qui vous construisez : pour la Fondation Cartier, avec Alain-Dominique Perrin et la conservatrice de l’époque, Marie-Claude Beaud. Sur le projet du Louvre d’Abou Dhabi, je discute avec mes commanditaires abou-dhabiens, essentiellement représentés par cheikh Sultan, qui a la responsabilité générale de ces musées. Je travaille avec eux et avec l’agence France-Muséums (douze des principaux établissements publics culturels : Louvre, musée d’Orsay, Centre Beaubourg…), qui a comme mission, entre autres, la définition du projet scientifique et culturel, le prêt des collections françaises…

Avez-vous eu carte blanche pour la conception de ce futur « Louvre des sables » ?

Au-delà du cahier des charges lié au programme de base, à son échelle et aux conditions de conservation, j’ai eu la liberté stylistique de proposer ce que je voulais. Il y a toujours, bien sûr, un diagnostic architectural sur la limite du rêve et du réel, une évaluation de la faisabilité d’un projet selon la nature de sa commande. Dans le cas d’Abou Dhabi, il me semblait essentiel de prendre en compte les conditions climatiques et de faire un bâtiment qui puisse s’inscrire dans la culture arabe. Coiffé d’une immense coupole ajourée de marbre blanc translucide, ce musée-médina en bord de mer réinterprète des références éternelles dans le monde arabe. Son architecture est suffisamment flexible pour pouvoir accueillir les différentes manifestations organisées par l’agence France-Muséums.

Exporte-t-on un musée tel que le Louvre comme une marque commerciale ?

Il y a un débat idéologique et politique à ce sujet. Devrions-nous conserver nos collections pour nous seuls ? A l’image du Guggenheim, pionnier en la matière, il est de la vocation des grands musées d’essaimer leurs oeuvres dans des pays où elles sont peu représentées. Mais cette sorte d’ « évangélisation » n’est en aucun cas un impérialisme culturel. Le véritable impérialisme serait plutôt de ne rien partager. Le Louvre n’a pas vendu son âme en prêtant une partie de ses collections et en concédant son nom pour trente ans. Il n’y a pas là autant de contradictions et de scandales que le prétend M. Jean Clair, dont je trouve les thèses arriérées.

Après l’extension du musée de la Reine Sofia, à Madrid, vous préparez celles du musée d’Art moderne de New York (MoMa) et du musée d’Art et d’Histoire de Genève. Vous aimeriez, vous, qu’un autre architecte modifie l’un de vos bâtiments ?

Il est dans la logique absolue des grandes institutions qui traversent les siècles d’intégrer plusieurs époques. Il n’y a pas une seule grande cathédrale, un seul grand palais qui se soit constitué en une seule période. Si les bâtiments publics sur lesquels j’ai travaillé perdurent, je suis persuadé qu’ils seront à un moment modifiés. J’espère simplement que cela constituera un enrichissement de l’Histoire, dans le respect de l’époque précédente. Bien souvent, le rapport des époques entre elles est une façon de mieux lire l’Histoire. Hélas, de nos jours, beaucoup de modifications correspondent à des sabotages. Ce fut malheureusement le cas à l’Institut du monde arabe, où le vide de l’entrée a été bétonné il y a quelques années et où en ce moment le bâtiment est transformé en immeuble-sandwich, au sens homme-sandwich du terme, avec la façade ouest couverte par des publicités de 20 mètres de hauteur et la façade sur Seine laminée de nuit par des néons blancs. C’est aussi une absence de contextualisme. Les interventions doivent se passer en complémentarité, en harmonie, et dans le sens de la révélation d’une époque par l’autre.

Ces projets sont-ils toujours d’actualité en ces temps de crise financière ?

L’extension du MoMa à New York est liée à la construction d’une très grande tour pour Hines et Goldman Sachs, qui intègre un hôtel et des logements. Nous continuons à y travailler et espérons obtenir le permis de construire dans les prochains mois. Quant au musée d’Art et d’Histoire de Genève, construit il y a cent ans, son extension me permet de révéler l’époque précédente. J’oeuvre pour retrouver dans la muséographie l’esprit beaux-arts quelque peu suranné du bâtiment. L’architecture d’un lieu se retrouve dans sa scénographie, ses vitrines, ses lumières, son décor. Je souhaite accentuer ce caractère. Mais il ne faut pas s’interdire d’établir un contraste susceptible d’intéresser et d’intriguer le public. Il faut aussi créer davantage d’espace pour accueillir les expositions temporaires, débats, rencontres. Inventer des lieux plus conviviaux, avec des salons et des restaurants pour boire un coup, trouver un espace d’accueil avec des livres, des images qu’on achète.

Quel musée auriez-vous aimé construire ?

Près de Copenhague, le musée Louisiana est un pur chef-d’oeuvre architectural. Les architectes Wohlert et Bo sont revenus à trois reprises compléter l’architecture précédente et ont constitué un lieu en harmonie avec la nature, où chaque bâtiment révèle une époque à dix ans d’écart. Une telle attention, un tel sens de la révélation des paysages, des époques les unes par les autres, des objets par l’architecture et de l’architecture par les objets montrent que ces synergies ont un extraordinaire pouvoir de transcendance.

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