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Architecture – Palladio, l’homme qui a lifté venise
febrero 15, 2009, 5:54 pm
Filed under: Historia de la Arquitectura

Publié le 15/01/2009 N°1896 Le Point

La Royal Academy, à Londres, s’apprête à fêter le cinquième centenaire de la naissance du génial architecte Andrea Palladio.

Jean Pierrard

Venise lui doit son « lifting » le plus réussi ! Une légère traîne de nuages, un ciel bleu suffisent pour composer autour de San Giorgio Maggiore la plus belle des vedute, ces paysages urbains auxquels Canaletto et d’autres peintres donneront au XVIIIe siècle leurs titres de gloire. En érigeant sur un îlot à la pointe de la Giudecca ce qui constitue aujourd’hui l’un des joyaux architecturaux de la planète, Andrea Palladio (1508-1580) a radicalement bouleversé la ligne d’horizon de la lagune.

Qu’on l’admire frontalement depuis la place Saint-Marc ou qu’on en apprécie les subtilités architecturales en flânant le long des Zattere, les quais de Dorsoduro, San Giorgio constitue, au même titre que la villa Rotonda, le point d’orgue des rêves antiquisants de la Renaissance. L’église n’est qu’en brique, matériau finalement très modeste, mais l’oeil retient d’abord le fronton en pierre blanche de la façade érigée à la façon d’un temple grec. Une provocation délicieuse quand on sait qu’une partie de l’âme de Venise s’abritait, place Saint-Marc, dans la vieille basilique byzantine éponyme qui, aux yeux de Palladio, symbolisait la vieillerie et la ringardise. Consulté sur la reconstruction du palais des Doges voisin, après le grand incendie qui venait de le ravager, Palladio avait tout simplement proposé de raser la bâtisse gothique et de la remplacer par un palais selon ses conceptions « modernes ».

Un geste radical à la Le Corbusier-ce dernier voulait débarrasser Paris de la gare d’Orsay-qui aurait permis à l’illustre architecte de remodeler entièrement le coeur de Venise en s’aidant d’audacieuses triangulations. La sagesse et le bon goût des patriciens composant le Sénat vénitien l’empêchèrent d’accomplir son forfait et la ville conserva ce coffret de dentelle qu’est le palais des Doges. Si, après Vicence, Londres, une capitale enlaidie par un quart de siècle d’errements architecturaux, consacre une exposition au maître italien, c’est parce qu’il reste le symbole d’une architecture heureuse, capable d’entraîner l’homme vers le haut et le beau.

Avant de s’attaquer au profil de la Sérénissime, Palladio n’était au départ qu’un modeste tailleur de pierres padouan. Repéré par quelques patriciens avertis dès ses premiers travaux, il modifie en profondeur le paysage de la Vénétie ; son talent est tel qu’il est difficile de dire s’il est plus habile à ériger une église, un palais, un théâtre ou un pont. Son premier fief est Vicence, sa ville d’adoption, où il se fait définitivement remarquer en tricotant autour d’un vieux palais municipal une enveloppe de marbre exceptionnellement brillante, aérienne, faite de colonnes doriques et ioniques, d’oculi et de statues. Le monument reste encore aujourd’hui le vrai centre de Vicence, avec un marché proposant les savoureux produits du nord de l’Italie.

La maestria du grand architecte s’explique- t-elle parce qu’il est devenu, selon la formule de l’historien Wittkower, « un homme universel », capable de rédiger le traité d’architecture le plus accompli de la Renaissance-« Les quatre livres de l’architecture »-en même temps qu’un guide de Rome ? Dans ces ouvrages éclate son goût pour les monuments antiques, soigneusement restitués jusqu’au plus petit détail des chapiteaux. Avec Palladio, la colonne, l’arc, le péristyle antique retrouvent une nouvelle jeunesse. Sans oublier l’ordre colossal qui, pendant trois siècles au moins, deviendra l’archétype des bâtiments officiels, de l’Opéra au palais de justice en passant par le musée. Dans le premier tiers du XXe siècle encore, la National Gallery de Washington s’offre, via le néo-classicisme, une façade résolument palladienne. Auparavant, les Britanniques seront, à partir d’Inigo Jones, toqués de Palladio, pendant deux siècles au moins, le copiant sans vergogne de Bath à Oxford. Et, après eux, les Américains, à commencer par l’un de leurs premiers présidents, Thomas Jefferson, qui dessinera lui-même les plans d’une des demeures les plus élégantes de la jeune Amérique indépendante, à savoir sa résidence de Monticello, à proximité de Washington.

L’ouvrage de Jefferson est perché au sommet d’un monticule, exactement comme la plus célèbre des villas palladiennes, la Rotonda. De la même façon que Visconti, avec « Mort à Venise », remit au goût du jour les symphonies de Gustav Mahler, le metteur en scène britannique Joseph Losey permettra au grand public de découvrir Palladio en situant les scènes les plus importantes de son « Don Giovanni » dans le décor de la Rotonda. Qui peut oublier le geste de Leporello déployant, dans les escaliers monumentaux de la villa, le catalogue des conquêtes de son maître à la face de Donna Elvira : « Mille tre » ?

Palladio n’a pas inventé ce type de villa patricienne destinée à une noblesse vénitienne, soucieuse de se mettre au vert sur la « terra ferma ». Quelques-uns de ses illustres prédécesseurs avaient ouvert la voie sous les Médicis. Le grand Vicentin fera mieux en donnant à ses maisons de campagne leurs lettres de noblesse. Souvent installées à proximité d’un cours d’eau, elles bénéficieront de tout ce qu’il était allé puiser au cours de ses nombreuses excursions archéologiques dans la Rome antique pour édifier églises et palais. Aussi à l’aise dans les vastitudes d’un paysage que dans l’exiguïté d’un campo vénitien, Palladio a joué de son impeccable sens des proportions, se servant toujours du même vocabulaire antiquisant pour se livrer à d’innombrables variations. Après tout, la Rotonda n’est qu’une simple boîte sous une coupole évidemment inspirée par le Panthéon de Rome que quatre portiques et quatre escaliers identiques permettent d’ouvrir sur la nature avec un rien d’emphase à la fois aristocratique et antiquisante.

D’après Bruce Boucher, auteur d’un excellent livre sur Palladio, son premier occupant, un prélat à la retraite, semble y avoir mené une vie tranquille et peu fastueuse, en dépit des riches ornementations en stuc décorant l’intérieur dans le goût maniériste de l’époque. De toute façon, s’interroger sur le confort des architectures d’avant-garde, c’est ouvrir la porte à d’innombrables débats. Dans son brillant essai « L’architecture du bonheur », l’essayiste Alain de Botton avait narré avec beaucoup d’humour les mésaventures vécues par les propriétaires de la villa Savoye, édifiée par Le Corbusier dans les années 30 du XXe siècle. Victime du manque d’étanchéité du bâtiment, le jeune fils du propriétaire, à peine installé, contracte une pneumonie… Plus essentielle cependant est la question de la postérité. Nul doute qu’en dotant la villa Savoye de pilotis Le Corbusier a voulu résolument marcher dans les pas de son illustre prédécesseur

« Palladio. Vie et postérité. » Royal Academy, Londres. Du 31 janvier au 13 avril.

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