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Jean Nouvel : au-delà de la frime
marzo 31, 2008, 11:42 pm
Filed under: Nouvel, Pritzker


Depuis que Jean Nouvel a achevé le Palais de Lucerne, auditorium et centre de conférences, en 1999, la plupart de ses confrères, jadis agacés par la figure et les usages de star qu’il affectait déjà depuis des années, convenaient que cet animal atypique dans le monde de l’architecture avait la fibre d’un Pritzker, usuellement comparé au Nobel de l’architecture. La chose est faite.

Jean Nouvel, né à Fumel (Lot-et-Garonne) dans une famille d’enseignants, vient d’obtenir le prix 2008 selon un communiqué de la fondation publié dimanche 30 mars. Un Pritzker un peu spécial puisqu’il correspond au 30e anniversaire de l’institution. C’est à Washington, à la Bibliothèque du Congrès, que le prix lui sera remis le 2 juin, avec toute la pompe qui convient.

Tout cela n’a plus guère d’importance, semble-t-il, pour notre homme, âgé de 63 ans. Nous l’avons rencontré dans son restaurant italien préféré du boulevard Magenta. La salle s’est vidée et le personnel bavarde ou finit son ouvrage. “Vous voyez, ils se sont tellement habitués à moi qu’ils m’oublient, comme si j’étais un meuble.” Et d’ajouter, volontairement ou non, comme si tout cela entrait dans le même ordre des choses : “Le Pritzker, j’avais presque oublié que j’étais sur la liste d’attente. Je ne peux pas dire que cela m’indiffère, mais, avec tous les chantiers que mon agence conduit dans le monde, cela n’a plus la même importance pour nous.”

Nous, c’est la grande famille de l’agence, et, au-delà, un large clan d’inconditionnels pour qui Nouvel appartient à l’ordre du sacré : Hubert Tonka et Olivier Boissière, et maintenant Jean-Paul Robert, ses porte-plume ; Pierre Bergé, qui l’a poussé pour son projet des Halles ; Claude Parent, son père spirituel, inventeur de l’architecture oblique ; beaucoup de cinéastes aussi, car l’image est l’un de ses matériaux préférés.

L’idolâtrie s’est heureusement calmée avec le temps, d’autant que si Jean se laissait gentiment porter aux nues, il était un peu victime de sa propre générosité, amphitryon prodigue, gourmand, avide de cigares monumentaux, dont il a peut-être transcrit l’esprit dans la tour Agbar de Barcelone, qualifiée aussi de phallus par ceux qui n’aiment pas ce genre de tabac.

Chauve, limite lisse, il a hérité d’un inimitable visage de faucon dont on vient de retirer la capuche et qui semble se demander quel est le sens de sa mission. Il reste habillé de drap sombre, mais sa cour a abandonné le noir de rigueur dans les années 1990. Plus l’ombre d’une frime dans sa tenue : le chapeau, arrosé par une giboulée récente, a perdu l’essentiel de sa forme. Encore qu’il puisse en tirer pour demain le déclic d’un projet ravageur, genre musée du kangourou à Melbourne.

Mais, derrière cette physionomie capable de se transformer sous l’effet d’un éclat de rire, qui est Jean Nouvel ? Avant Lucerne, il était connu en France pour la Fondation Cartier (1994), l’Opéra de Lyon (1993), l’Institut du monde arabe (1987, avec Pierre Soria, Gilbert Lézénès et Architecture Studio). A partir de Lucerne, il change d’échelle, de manières, de statut. Il montre qu’un édifice contemporain de grande importance peut trouver sa place, naturellement, dans la continuité et le paysage d’une ville historique. Que le principe d’imagination vagabonde qui semblait l’animer relève bien d’une méthode, d’une forme de système critique lui permettant de donner équilibre et sérénité aux projets les plus hétérogènes. C’est pour lui une époque difficile financièrement, où il peine à s’imposer malgré de solides soutiens. C’est l’époque où Christian de Portzamparc a pris la tête du peloton, premier Français à obtenir le Pritzker en 1994.

Dans son agence, Cité d’Angoulême, il ne cesse de repousser les murs pour loger une équipe qui, à Paris même, atteint une centaine d’architectes. D’autres agences, aux Etats-Unis, en Espagne, à Abu Dhabi doivent compter – il n’en sait plus très bien le nombre – une soixantaine de collaborateurs. A Paris, les derniers aménagements semblent avoir été faits pour accueillir dignement ses nouveaux commanditaires : écrans plasma pour faire défiler les projets, mobilier gris chic, et, finalement, il s’agace devant cet outillage dernier cri. Le passionné de cinéma revient au papier, s’emmêle les pinceaux entre les dossiers, où le soin apporté par son équipe à la représentation des bâtiments en germe fait bien comprendre comment, au-delà des principes qui gouvernent chaque projet, les jurys peuvent se laisser séduire.

Dans ses conférences, Jean Nouvel peut être prolixe, jouant avec les noms en vogue, les citations, les références à l’ensemble du monde artistique et philosophique. Sa doctrine, pourtant, tient en bien peu de mots : “Chaque situation doit être l’occasion de tout repenser. Il n’y a pas de style Nouvel, peut-être est-ce cela qui déroutait les précédents jurys. Mes projets sont une succession d’attitudes et de solutions susceptibles de résoudre les problèmes les plus divers.”

Le rejet du style : l’argument se retrouve dans les attendus du jury, dont l’enthousiasme contraste avec les années de purgatoire qui auront précédé le prix. Ils parlent de “ténacité, d’imagination, d’exubérance, et par-dessus tout (de) son besoin insatiable de création et d’expérimentation”. Plutôt que de style, l’architecte français a choisi, finalement sur un mode assez français, de parler de “contexte”, le terme étant pris au sens le plus large, intégrant, selon le jury, les dimensions aussi diverses que la culture, le pays, le programme, le client. Tout cela constituant les éléments de stratégies diverses.

Pour s’en tenir à ses projets en cours, il est difficile de définir un lien formel entre sa Life Marina à Ibiza (Espagne), serpent multicolore et sensuel, l’immense coupole qui doit abriter le Louvre d’Abu Dhabi, le très cinématographique auditorium de Copenhague (Danemark), la Philharmonie de Paris, feuilleté architectural qui attend son permis, la nouvelle tour Hines (360 m), aiguille incurvée qui doit être construite à proximité du MoMA à New York où la tour Végétale ultraplate qu’il a dessinée pour le groupe Suncall à Santa Monica, à côté de Los Angeles.

Ces réalisations ne feront pas oublier le Musée du Quai Branly, qu’une bonne partie de la critique internationale a descendu sans complaisance – à l’inverse d’un public qui paraît s’être laissé convaincre – ni surtout la tour Sans Fin, à la Défense, projet qui devait servir de complément singulier à l’arche de Spreckelsen et resté dans les limbes, au propre comme au figuré. L’idée de Nouvel était alors, en 1989, de proposer une flèche qui s’évanouisse dans le ciel de Paris.
Frédéric Edelmann
Article paru dans l’édition du 01.04.08.

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