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Nicolas Sarkozy s’adresse aux architectes : Attention, culture fraîche !
septiembre 21, 2007, 3:44 pm
Filed under: Francia, La Cité de l’architecture

Le début est brillant. La façon dont parle Nicolas Sarkozy de l’architecture, dont il la définit fera l’unanimité, tout comme le petit Robert. C’est presque à mi-course que l’on s’étonne ou que l’on s’inquiète (ou que l’on se rassure, rayer les mentions inutiles), tant les propos sont ambivalents, interprétables dans un sens ou dans un autre. Tribune signée Christophe Hébert.

publié le 20/09/2007

Cela commence par les tours de Shanghai, de São Paolo, de Mexico, de Singapour qui seraient toutes pareilles comme les pavillons en périphérie des villes… pour très vite en arriver à la conclusion qu’il faudrait préserver les identités régionales, les identités nationales. Très bien, nous sommes d’accord, mais qu’est-ce que l’identité régionale ou nationale ?

En réalité, cela n’a rien à voir avec la créativité des architectes qui serait empêchée par le développement démographique ou par l’économie, puisqu’il y a justement une spécificité “régionale” à développer sur ces sujets. C’est même là que réside en partie toute la complexité, toute la spécificité du projet architectural. C’est peut-être ce qu’ont oublié certains des prestigieux invités, parmi les stars de l’architecture du moment, qui font les mêmes projets
‘franchisés” quel que soit la spécificité des lieux. Quelle ironie.

Comment définir une spécificité régionale ? Est-ce le régionalisme, comme le définit le PLU du Raincy : dans le texte, “ton pierre et… verre fumé pour les balcon” ! Je cite cet exemple, car son maire, Eric Raoult est un ancien ministre de la ville (plus exactement, il fut ministre délégué auprès du ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ville et de l’Intégration, à la ville et à l’intégration du 07/11/1995 au 02/06/1997. NdR). Pour Eric Raoult, maire du Raincy, ce qui semble définir une spécificité de lieu, c’est le style ou l’apparence du faux-vieux et non une adéquation entre production architecturale et culture.

C’est très bien que les architectes et même les MOF (Maîtres d’Ouvrage Français) partent en pèlerinage au Voralberg pour essayer de comprendre, et rapportent des posters. Cette nouvelle “Mecque” de l’architecture ‘ainsi perçue depuis la France), où 80% de ce qui se fait est contemporain avec la bénédiction de la population, est l’exemple même de ce que permet le développement d’une spécificité locale en rapport avec sa “culture”. Cette spécificité aboutit à une production contemporaine “naturellement” intégrée et appréciée. Nombreux sont les architectes français à ne pas comprendre que la solution ne réside ni dans l’importation des apparences de l’architecture du Voralberg ou d’ailleurs ni dans le fatalisme d’une conclusion : “ce n’est possible que là bas”.

Car c’est bien là un des maux de l’architecture française (avec le mandarinat, les coteries, les réseaux d’influence, entre autres, qui accompagnent la médiocrité de ceux qui recourent à ces procédés) : la copie. La copie des apparences sans saisir, sans comprendre le sens. Ainsi, l’architecture française a été tour à tour post-moderne, néo-moderne, hi-tech, déconstruite, hollandaise, et j’en passe.

L’architecture n’est pas une question de style et ne réside pas dans la mode du moment. Ce sont à la rigueur des moyens. Le “hi-tech” est infiniment plus intéressant dans son contexte, au Royaume Uni, parce qu’il y a une relation forte avec la culture britannique
de l’ingénierie, … une certaine arrogance aussi. Qui se souvient de la production hi-tech française ? Qui se soucie aujourd’hui d’un fameux centre de formation d’une banque, primée en son époque, de style Hi-tech, au pays des vaches, aujourd’hui démodée ? La qualité de l’architecture ne réside pas seulement dans ses qualités plastiques ou prouesses techniques (conditions nécessaires, mais pas suffisantes).

Lorsque Nicolas Sarkozy pointe la tour Montparnasse, qui n’aiderait pas à débattre de la construction de nouvelles tours, il fait bien référence à un de ces objets, un de ces ovnis “culturels” venus d’ailleurs. La tour Montparnasse, c’était la fascination pour les signes extérieurs d’un modèle culturel américain, que l’on importe en plein Paris, incongru, en rupture avec le lieu. Nécessairement, puisqu’il n’y a pas de lien ou très peu, parce qu’au fond, il n’y a pas vraiment d’usage ou de sens, cet objet est devenu démodé et rejeté. Le temps fait son oeuvre. Pourtant, comme Paris-Match cet été, faîtes donc un montage avec Photoshop de la tour Montparnasse, dans son contexte naturel, Manhattan, par exemple, vous la trouverez sans doute plus attrayante.

Encore une fois, il ne s’agit pas de se replier dans une production du passé, ou pire, comme au Raincy, d’un décor du passé, mais de trouver une expression contemporaine pertinente, puisque la production d’une architecture spécifique au lieu et au temps présent est un enjeu de civilisation.

Aujourd’hui nous vivons une époque où il y a bien sûr des œuvres majeures (comme à toute époque d’ailleurs), mais où les conditions sont toutes réunies pour produire des “tours Montparnasse” à la chaîne. Le cri de guerre de Rem Koolhaas a beaucoup aidé : “Fuck
the context”, la notion de contexte n’étant pas la même au pays du sol artificiel. Et puis l’outil informatique y a contribué, dans la mesure où ils sont quelques-uns à penser que toutes les images que peut produire un ordinateur sont bonnes à prendre, peuvent être construites, peu importent les contingences du réel. C’est l’outil qui fait l’architecture, pas l’architecte. C’est la mésaventure qui est arrivée récemment à Zaha Hadid, en France, dont un projet (et les coûteuses études qui l’accompagnent) a dû être abandonné car irréalisable. On peut aussi citer la chimère du fameux repère olympique, une image, rien de plus, qui n’a rien à voir avec la réalité, où il y a un manque flagrant de pensée constructive. On oublie ce qui fait la qualité de l’architecte et la spécificité de l’architecture, on oublie que des oeuvres majeures ont parfois été crées dans une économie de moyens, mais toujours avec intelligence.

Après avoir pillé l’esthétique de l’art contemporain, les films de science-fiction des années 70, le catalogue Habitat, les architectes qui ont recours à ces formes plus ou moins complexes comme seule finalité, font référence à des images qui n’ont rien de fascinantes, issues du domaine connu de longue date des mathématiques ou des arts ménagers des années d’après-guerre, reproduites à grande échelle dans une course aux effets des plus éphémères.

Entre ici, Jean Nouvel… !

Nicolas Sarkozy s’adresse à son “cher” Jean : “Le poète ne doit pas toujours s’effacer devant l’ingénieur”. Je ne comprends pas cette phrase. Je pense que c’est une idée typiquement française depuis la construction de la BNF, une idée dévoyée sur l’architecture. Pour produire un “chef d’oeuvre”, il faudrait échapper aux contingences du réel ? A une époque où on se préoccupe légitimement de la fin de l’énergie fossile bon marché, y a-t-il une poésie particulière dans la nef entièrement vitrée du musée du Quai Branly, pourvue de tôles
perforées, avec ses déperditions thermiques et son éclairage artificiel qu’il faut faire fonctionner en permanence, dans un musée où il fait sombre en plein été ? Il n’y a même pas de relations entre les vues sur l’extérieur et la muséographie. Quel rapport y a-t-il
entre une vue cadrée sur la tour Eiffel depuis la galerie et les arts premiers ? Et quelle idée fausse sur l’ingénieur qui peut être aussi un “poète”. A Neuilly, est-ce que le promoteur s’efface devant le poète ?

Liberté – Réseaux – Fraternité

Le thème du “grand Paris” comme sujet de réflexion pour les années à venir est une des idées pertinentes du discours de Nicolas Sarkozy, mais pour lui, il s’agit de mettre en compétition une petite dizaine d’agences sur le sujet. Car Nicolas Sarkozy a une curieuse idée des concours d’architecture. Comme certains de ses amis “stars de l’architecture”, il pense que la règle de l’anonymat empêche “l’éclosion d’un projet original”. C’est bien connu, l’Arche de la
Défense, le Centre Pompidou ou l’opéra de Sydney, pour prendre quelques exemples, sont des projets d’un manque d’originalité affligeante ! Ce sont surtout des projets qui n’auraient jamais vu le jour si ces concours avaient donné des chances inégales entre participants connus et moins connus à leur époque !

Parmi les pays les moins corrompus du monde, il y a en tête de liste les pays où les règles de mise en concurrence dans les marchés publics sont les plus égalitaires et les plus strictes, notamment sur le respect de l’anonymat. Autant vous dire que la France n’est pas classée dans les vingt premiers. L’anonymat est une règle évidente d’équité, et ceux qui s’y opposent n’ont que faire des principes républicains, des bonnes pratiques démocratiques. Il est vrai que l’anonymat n’est pas très compatible avec les coutumes de certains jurys en France. Regardez l’exemple de l’opéra Bastille. Il suffisait juste de regarder les planches d’analyse pour
écarter le projet lauréat.

Christophe Hébert, architecte DPLG et chroniqueur régulier de CyberArchi

Lire également nos articles ‘Les belles perspectives de Nicolas Sarkozy ne font pas un projet’ et ‘En bref, les orientations de la politique architecturale présentées par Nicolas Sarkosy’

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