Noticias de Arquitectura


La France archi-tendance
septiembre 1, 2007, 4:29 pm
Filed under: Arquitectura Francesa, Le Figaro


AR STÉPHANE GUIBOURGÉ.
Publié le 06 juillet 2007

De Vienne à Séoul, de New York à Rome, les architectes français sont de plus en plus appelés à bâtir à l’étranger. Comment expliquer leur succès ? Qu’ont-ils en commun ? Enquête et portraits.

Il ne s’agit pas d’une offensive concertée, d’un plan d’attaque soutenu par l’Etat français, encore moins d’un mouvement collectif qui ferait école. Individualistes par essence même s’ils ne travaillent qu’en équipes – en «agences», pour reprendre le terme exact qui qualifie les entreprises d’architecture -, artistes créateurs, donc assez égotistes pour la plupart, et forcément concurrents, les architectes français rencontrent souvent à l’étranger un succès plus important qu’en France. Les raisons tiennent autant aux spécificités de leur talent, à leurs styles parfois très personnels, qu’aux systèmes (français et étranger) d’attribution des commandes. En trois mots : les fameux concours.

En effet, lorsqu’il s’agit pour une municipalité, une région, une collectivité locale ou l’Etat de songer à un projet architectural (c’est-à-dire aussi d’urbanisme), un cahier des charges est élaboré, un appel d’offres est lancé, à l’échelle nationale ou internationale. Certains de ces concours sont rémunérés, la plupart ne le sont pas. La prise de risque est donc totale, qui consiste à mobiliser une équipe entière pour un résultat aléatoire… Et puis, on ne peut pas remporter tous les concours du pays, et l’agence doit vivre. Comme le note justement Dominique Perrault : «Après la Très Grande Bibliothèque, on a considéré que j’étais servi… Je n’avais plus beaucoup d’avenir dans le pays. Alors, naturellement, je me suis tourné vers l’étranger !»

Il en va de même avec les commandes privées. Elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour permettre à toutes les grandes agences de vivre. Aujourd’hui, les grands groupes d’envergure mondiale sont à la recherche de gestes architecturaux forts afin de les représenter. Ainsi, les entreprises de l’univers du luxe se tournent-elles instinctivement vers les grands architectes – et d’aucuns sont français – pour leurs bâtiments de prestige. Entre obligation et songes personnels, les architectes français incarnent, chacun à leur façon, une vision du monde.

Look post-punk, hirsute au matin, vêtements noirs, ongles idoines, Odile Decq semble sortir du Marquee. «Je suis pour la révolution !» clame-t-elle. Decq n’oublie pas, ne renie rien, ignore la trahison. Et cette morale est partout présente dans son travail. Ces jours-ci, elle livre le Macro, musée d’Art contemporain de la ville de Rome. Elle a pu y mettre en oeuvre la théorie de l’hypertension dont elle est la conceptrice avec Benoît Cornette : «Pour aller vite, c’est un jeu de passage entre les parois. Cela induit une dilatation, une explosion de l’espace. En déstabilisant sa perception, les sens peuvent se le réapproprier. Le corps redevient premier. Et c’est cela, pour moi, l’architecture : un vêtement un peu grand pour le corps.»

Ses bâtiments choquent parfois. Et alors ? «Je me fous de l’urbanisme. Le contexte est fondamental, oui, mais pour jouer avec ! J’essaie de construire de façon que le bâtiment dure, et j’estime que mon architecture est très présente, mais pas agressive. C’est un acte d’auteur. Je ne crois pas à l’éternité ! L’archi intangible, c’est con ! Mon travail correspond à un instant, c’est une réponse momentanée à un moment de la vie rapide du monde…» Elle montre un immeuble de logements à Florence. Geste fort d’architecte, souci presque de paysagiste, aussi. Afin de protéger les pièces du soleil, Decq a imaginé une dentelle rouge sur le bâtiment. Une violente douceur. «Ce qui m’importe ? J’ai à coeur que les gens se reposent…»

Dominique Perrault, 54 ans, croit moins à l’instantanéité. L’éternité le tente assez. Intelligence avec fulgurances intégrées, vision d’ensemble et grande agence, le monde est un jardin qu’il rêve de redessiner. Soit, à l’étranger d’ici à 2010 : la Cour de justice des Communautés européennes au Luxembourg ; le Stade olympique de tennis à Madrid ; le Théâtre Mariinsky II à Saint-Pétersbourg ; les Vienna DC Towers à Vienne ; l’université féminine Ewha à Séoul. Pour quels enjeux ? «La restructuration, la revitalisation, la requalification d’un quartier, là est l’impact des grands projets», estime-t-il. Cela induit quelques responsabilités. «Bâtir, c’est participer à la construction du monde. C’est aussi créer de nouveaux paysages… Bref, c’est un travail sur la réalité.» Il y a un style Perrault, une façon de laisser son empreinte. Adepte de l’architecture-manifeste, Perrault s’attache cependant beaucoup à la dématérialisation. «La base d’une réponse architecturale, c’est d’avoir conscience que cela dépasse le bâtiment lui-même. L’architecture appartient à tout le monde.»

Faisons maintenant escale au Brésil pour comprendre la vision d’une autre star de l’architecture française. Le funiculaire s’arrête aux pieds de la statue du Christ rédempteur. Corcovado. La baie de Rio de Janeiro, la forêt tropicale de Tijuca et, en contrebas, le quartier de Barra da Tijuca, qui connaît une expansion de plus en plus rapide. C’est ici que prendra place la Cidade da Musica Roberto Marinho, imaginée par Christian de Portzamparc. Projet considérable qui structurera le quartier entier. Véritable vaisseau conçu pour que le regard traverse et embrasse la montagne et l’océan…

Seul architecte français consacré par le Pritzker Price – le Nobel de l’architecture -, Christian de Portzamparc est une référence mondiale. De la tour LVMH à New York à la Philharmonie de Luxembourg ou au Block One à Almere aux Pays-Bas, son oeuvre est exposée tout l’été à la Cité de l’architecture et du patrimoine *. On y découvre un univers modern classic, élégant et poétique, où se mêlent rigueur, fluidité et densité. On y trouve aussi son souci d’urbanisme, son exigence en la matière : «A mes débuts, j’ai travaillé plus d’un an et demi avec des psycho-sociologues. J’ai écouté la longue plainte des habitants des cités. Des choses très physiques. Et cela m’a donné envie de construire en prenant mes distances avec l’idéologie révolutionnaire de l’époque.» Passionné de musique – «les références musicales vous aident à structurer votre travail» -, de littérature aussi – «on peut y trouver des résonances avec des questions d’urbanisme importantes, sur les formes, les séquences et les enchaînements ; les livres donnent souvent une forme à l’éclatement» -, Portzamparc envisage l’architecture comme «de la sculpture dans l’espace». Qu’il bâtisse en Chine ou au Brésil, à Berlin ou en France, il essaie d’« ouvrir la place au temps». Et ajoute dans un sourire : «Ce que j’aime, c’est qu’aucune commande, aucun site ne se ressemblent. C’est chaque fois une remise en perspective.»

Les honneurs n’ont pas non plus altéré le sens de la formule de Rudy Ricciotti. Grand prix national d’architecture 2006, l’homme de Bandol sourit peu et passe pour un provocateur. Après le sublime Pavillon noir d’Aix-en-Provence et en attendant le musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée à Marseille, Rudy Ricciotti passe à l’étranger. Sans utopie – «elle ne fait plus sens, seule la transformation du réel est un projet critique et révolutionnaire» -, avec la même exigence – «le travail et sa culture produisent de la cohésion sociale, il faut commencer par là !» – , Philharmonique de Potsdam ou pont de la Paix à Séoul, il reste un homme libre : «C’est toujours le même métier. Ce ne sont pas mes expériences chinoises, italiennes, japonaises, algériennes ou allemandes qui permettent de vivre à mon agence…» Architecte-combattant à l’étrange douceur dissimulée, Ricciotti connaît la colère : «On est dans le domaine de la lutte, car notre pays possède une vraie conscience collective au service du laid en architecture.» Il n’a pas tort. «Dans ces conditions, être rebelle relève du minimum éthique.» Alors, bâtir à l’étranger, c’est mieux, plus simple, plus gratifiant ? Laconique : «Je n’ai pas la fascination mythologique de la distance…»

Ricciotti, Decq, Portzamparc ou Perrault ne sont peut-être pas français. Architectes, ils ont leurs langages, leurs obsessions et, mieux que tout, leurs styles. Que font-il à l’étranger ? Ils donnent un écho à la belle phrase de l’architecte français du XVIe siècle Philibert Delorme : «L’architecture sert à lutter contre la mélancolie.»

* Christian de Portzamparc, «Rêver la ville». Jusqu’au 16 septembre 2007. http://www.citechaillot.fr

Anuncios

Dejar un comentario so far
Deja un comentario



Responder

Introduce tus datos o haz clic en un icono para iniciar sesión:

Logo de WordPress.com

Estás comentando usando tu cuenta de WordPress.com. Cerrar sesión / Cambiar )

Imagen de Twitter

Estás comentando usando tu cuenta de Twitter. Cerrar sesión / Cambiar )

Foto de Facebook

Estás comentando usando tu cuenta de Facebook. Cerrar sesión / Cambiar )

Google+ photo

Estás comentando usando tu cuenta de Google+. Cerrar sesión / Cambiar )

Conectando a %s



A %d blogueros les gusta esto: