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Oscar Niemeyer, un centenaire en béton
junio 10, 2007, 9:21 pm
Filed under: Niemeyer

RENCONTRE. Le célébrissime architecte de Brasilia et du siège de l’ONU à New York aura 100 ans cette année. A Rio, devant la mer, le Pain de Sucre et sa planche à dessin, il parle de ses projets, parmi lesquels figure une commande du président vénézuélien Hugo Chavez.

Pierre Bratschi
Samedi 9 juin 2007

«Je m’adapte, il faut s’occuper, continuer à travailler, sinon on rêvasse. J’essaie de rester jeune, j’ai le même intérêt pour la vie que lorsque j’avais 40 ans», affirme Oscar Niemeyer. L’un des plus grands architectes vivant va avoir 100 ans en décembre et poursuit inlassablement son œuvre. 70 ans de carrière, plus de 600 projets à travers le monde, le poète du béton vient de répondre présent à Hugo Chavez pour la construction d’un monument à la gloire de Simon Bolivar, l’idole du président vénézuélien. «100 mètres de haut, 170 de large, ça sera la plus grande structure suspendue en béton du monde, elle sera à la mesure du héros de l’Amérique du Sud.»

L’architecte communiste, ami et admirateur de Fidel Castro, ne renie pas son engagement politique, au contraire: «Le monde n’a pas fondamentalement changé en un siècle, il n’y a pas de raison que je change d’opinion.» Mais, comme dirait Renaud, avec un grand-père ministre de la cour suprême du Brésil, Oscar Niemeyer est plutôt né du bon côté de la bourgeoisie. Il entreprend des études d’architecture à l’école nationale des beaux-arts de Rio, se marie jeune et devient père à 25 ans. Malgré les difficultés financières inhérentes au maintien d’une famille, il commence sa carrière chez Lucio Costa, véritable précurseur de l’architecture moderne mais qui ne peut lui garantir un salaire. «C’était important, je voulais connaître avant tout les bons côtés de l’architecture», explique le centenaire.

Dès ses premières créations, Oscar Niemeyer s’impose comme un révolutionnaire. En 1943, son église aux formes ondulées de Pampulha, près de Belo Horizonte, fait scandale. «Elle est restée six ans inutilisée parce qu’elle ne convenait pas à l’autorité religieuse», se souvient-il, avant d’ajouter en souriant: «Elle ne pouvait certainement pas imaginer la maison de Dieu conçue par un athée.» Il n’en tiendra pas rigueur à l’Eglise. Quelques années plus tard, la cathédrale de Brasilia deviendra un de ses monuments les plus célèbres et l’élèvera au rang de génie et de poète. Oscar Niemeyer, les yeux mi-clos, la parole lente mais fluide, se souvient. «Lucio et moi travaillions comme des fous, jour et nuit, c’était une course contre la montre. Je garde un bon souvenir de cette époque, une époque optimiste pour mon pays. On peut adorer ou détester Brasilia, je comprends, mais elle ne laisse pas indifférent. L’architecture doit surprendre, sinon elle ne sert à rien.»

Fidèle au béton, l’architecte surprend moins par ses œuvres récentes que par sa force de travail et sa créativité. Un théâtre inauguré en mai à Niteroi, un musée en projet à Aviles en Espagne, la statue pour Hugo Chavez à Caracas, dans son atelier style Art déco de Copacabana, l’architecte dessine encore et toujours. «C’est facile, il suffit de tenir le crayon, je dessine puis j’écris un texte sur le projet. C’est tout, le reste je le confie aux ingénieurs. Eux, ils savent.» Et pourtant, le centenaire ne ménage pas ses critiques envers les spécialistes: «Je suis contre l’idée du spécialiste qui sort de son école et qui ne connaît que sa profession, pour lui le monde n’existe pas, tout n’est qu’une affaire personnelle.» D’où le projet en cours de réalisation à Niteroi d’un centre de formation pour les jeunes. «C’est notre manière de nous rendre utiles, en inculquant aux jeunes l’ouverture sur le monde et l’honnêteté.»

Oscar Niemeyer est régulièrement sollicité et a encore beaucoup de commandes: une œuvre signée de son nom peut en effet rendre touristique une ville oubliée des circuits habituels. L’architecte aux relations ambiguës avec son art est peu enclin aux contraintes et aux incertitudes d’un concours. Le militant communiste préfère travailler directement avec les dirigeants, car «de toute façon, l’architecture au sens artistique du terme est faite par les gouvernements pour les riches, les pauvres n’y participent pas».

Les pauvres justement; ils sont là, parqués dans des favelas à quelques centaines de mètres de son incroyable loft atelier du dixième étage avec vue sur la mer et le Pain de Sucre. «Rio est une ville où l’extrême richesse et l’extrême pauvreté se côtoient de manière indécente. Cette situation est une source inévitable de tension et de violence. Je crois que nous devrions avoir une vie plus simple, plus solidaire. L’architecture peut être utile, mais je suis convaincu que la vie est beaucoup plus importante.» La vie et les femmes. L’architecte, qui a toujours prétendu puiser son inspiration dans les courbes des femmes de Rio, s’est en effet remarié l’année dernière avec sa jeune secrétaire de 60 ans.

A l’écouter, Oscar Niemeyer ne donne pas l’impression de chercher ses mots. Certes, le discours semble déjà entendu et se situe à la limite du banal, mais ce héros national au Brésil, toujours vêtu avec une élégance d’artiste, a eu cent ans pour penser à ce qu’il estimait important. Sa conclusion est d’une banale simplicité: c’est la vie.

© Le Temps, 2007 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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