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Oscar Niemeyer : l’éternel poète du béton armé
mayo 30, 2007, 5:43 pm
Filed under: Niemeyer

L’architecte brésilien, qui fête ses cent ans cette année, continue de décliner dans le monde entier son architecture sinueuse et monumentale.

A cet âge, on n’a plus d’âge ! On n’a pas le choix, il faut continuer à travailler, sinon on rêvasse, on imagine qu’on est encore jeune ! » L’homme qui parle, installé comme tous les matins dans son superbe loft-atelier qui domine la plage de Copacabana à Rio de Janeiro, est sans nul doute l’un des plus grands architectes du XXe siècle. Et certainement le plus intemporel : Oscar Niemeyer, concepteur démiurge de Brasilia et de plus de 600 projets égrenés au long de soixante-dix ans de carrière, va fêter son centenaire le 15 décembre prochain !

Visage buriné, élégance d’artiste, voix profonde et gentillesse créole, ce gentleman de l’architecture n’hésite jamais, feutre à la main, à faire revivre pour ses visiteurs la genèse de ses créations les plus spectaculaires. A l’image du centre culturel Prince des Asturies qu’il vient de concevoir – à quatre-vingt-dix-huit ans ! – pour la ville espagnole d’Avilés et qui constituera son oeuvre majeure sur le sol européen. Sur ce site, à sa mesure – une darse fluviale à l’emplacement d’une friche sidérurgique -, Oscar Niemeyer condense les fondamentaux de son architecture-sculpture monumentale, rendue célèbre par les fameuses coupoles inversées du Parlement brésilien.
La méthode Niemeyer

Un hémisphère de béton armé, de 20 mètres de hauteur, abritant dans ses niveaux enterrés les lieux d’exposition, sera relié par une rampe géante suspendue dans les airs à un auditorium en forme de conque. La signature Niemeyer est complétée par une tour-fusée d’acier et de ciment lissé. A l’heure où expositions, rétrospectives, ouvrages et catalogues fêtent son étonnante et créative longévité, Oscar Niemeyer poursuit, imperturbable, son oeuvre, fidèle à sa méthode. « Je dessine toujours d’abord, résume-t-il. Puis j’écris un texte sur mon projet pour le vérifier et, très vite, je le livre aux ingénieurs pour le calcul des structures : les formes sont indissociables de la technique. » L’osmose avec les brillants ingénieurs civils brésiliens lui a permis les audaces qui l’amenaient, aux heures héroïques de Brasilia – capitale édifiée ex nihilo en trois ans et demi – à dessiner les projets la nuit pour les livrer le lendemain aux calculs d’ingénierie !

Son regard sur l’architecture contemporaine est en revanche plus difficile à cerner. « Comme Alvar Aalto l’était, je suis las des querelles esthétiques et peu porté sur les colloques et les exégèses », avoue-t-il volontiers. Niemeyer préfère défendre ce qu’il appelle la bonne architecture, celle qui fait rêver et donne du bonheur au passant. Néanmoins, il note sans déplaisir qu’après des années de postmodernisme remettant au goût du jour le style rationaliste de son ami Le Corbusier, les jeunes architectes privilégient à nouveau la liberté structurelle.

Peu enclin aux concours et habitué à traiter directement avec les chefs d’Etat, l’architecte brésilien fait toujours preuve d’une sincère modestie et d’un respect profond de la profession : « Je n’aime pas critiquer, l’architecture, c’est du travail, du talent, de l’énergie et cela mérite respect ! »

Pour lui, l’acte de construire s’inscrit dans une démarche humaniste plus large et un combat contre l’injustice sociale qu’il n’a jamais abandonné. « Dans mes moments de repos, je me prends à rêver à un monde plus juste, j’imagine que les sociétés humaines franchiront une étape supérieure, traitant tous les citoyens de manière égale sans discrimination… », confie-t-il avec un sourire énigmatique. Fidèle à ses idéaux marxistes-léninistes de jeunesse, l’architecte fréquente toujours les nouveaux leaders progressistes de l’Amérique latine comme le président vénézuélien Hugo Chávez, pour lequel il est en train d’imaginer un monument en mémoire de Simon Bolívar. Cette fibre politique lui a permis à l’époque de la dictature militaire au Brésil de prendre du champ en réalisant des oeuvres importantes : le siège du Parti communiste français à Paris, place du Colonel-Fabien, celui des Editions Mondadori à Milan et l’une de ses réalisations les plus achevées, l’université de Constantine en Algérie, abritée sous une immense voile de béton armé.
Une vision esthétique

Le béton : un matériau auquel il demeure aujourd’hui encore fidèle : « Le vocabulaire plastique du béton armé est si riche que l’on ne se lasse jamais de l’explorer », affirme-t-il. Poète et musicien comme nombre de Brésiliens, Oscar Niemeyer défend vigoureusement à l’approche de son centenaire une vision esthétique et onirique de l’architecture. Quand on lui parle des colonnades des palais de Brasilia qui firent école, il met en avant les espaces plutôt que les colonnes : « Regardez le palais des Doges à Venise, c’est le même principe, l’architecture est juste là pour ponctuer ! »

Souvent imité, le patriarche brésilien ne s’en offusque jamais, il y voit plutôt un hommage. Il demeure fidèle aux tracés sinueux qui marquent son oeuvre et qu’il aime à définir avec son lyrisme de « carioca » (habitant de Rio de Janeiro) : « Ce qui me fascine, c’est la courbe libre et sensuelle sans cesse réinventée par les montagnes de mon pays, les vagues de l’océan et le corps de la femme aimée. »

Car chez cet épicurien qui reçoit « table ouverte » dans son lumineux atelier face aux mornes de la baie de Rio, appétits de vivre et de créer participent de la même énergie, celle qui l’a amené l’année dernière à épouser, tel un jeune homme et en dépit d’une considérable différence d’âge, sa fidèle assistante Vera !
JEAN BAUDOT

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